Ce matin j’étais encore à Istanbul, pour rencontrer Osmane Kavala, le fondateur d’Anadolu Kültür. Dans le cadre de notre projet de création à Diyarbakir, nous pourrions collaborer avec son organisation pour “cartographier” le paysage culturel local (chaque parti ayant intérêt à créer des zones blanches).
Je suis arrivé dans l’après-midi à Tbilissi avec Yuriy Vulkovsky. Il va écrire pour nous un rapport sur cette mission géorgienne. Lorsque je lui parle de Diyarbakir, Yuriy me cite un sociologue américain “Culture is what you put into your cassette deck, it is also what you make war for” (il doit me donner les références de cette citation très imprécise). Demain nous avons plusieurs rendez-vous, je reviendrai donc sur la situation en Géorgie.
De vendredi à dimanche, j’assistais donc à la réunion IETM Balkan Express. La plateforme est très intéressante car elle rassemble beaucoup de jeunes gens très dynamiques et compétents, mais actifs dans un contexte difficile. Ils sont aussi mobiles, anglophones et connaissent bien ce qui se fait à un niveau international.
Les responsables politiques de l’ex-Yougoslavie semblent avoir créé avec intelligences les conditions favorables au développement du secteur : il y a de bonnes formations professionnelles et des système de soutien pour le mécénat et à l’obtention de fonds européens (matching funds). En Roumanie et surtout Bulgarie (le pays le plus pauvre de l’UE) la situation semble plus complexe du fait, notamment, du dialogue très difficile avec les autorités.
Plusieurs responsables de lieux culturels majeurs dans la région étaient présents : Nevenka fondatrice de Bunker (à Llubjana) et très très très active dans plusieurs réseaux, Tzvetelina de Red House à Sofia (ces deux lieux sont précurseurs), Kinga (la collègue de Rarita) de Fabrica de Pensule à Cluj. D’autres projets également intéressants comme la plateforme chorégraphique en Croatie, le groupement de compagnie en Bulgarie…
La Fabrica de Pensule est un lieu loué et partagé par une vingtaine d’acteurs et artistes roumain, cité plusieurs fois comme un exemple de réussite. Mais ses fondatrices admettent que c’est loin d’être idéal : la question de la qualité artistique (et donc de l’identité du lieu) s’impose avec le succès du lieu, la pérennité des financements. C’est un peu ça qui m’a manqué : de faire valoir les exemples comme des “bonnes pratique” (je sais c’est un mot valise dossiers européens) pour comprendre quelles sont les démarches réalisées par les acteurs, ce qui fonctionne ou pas… Mais bon je ne suivais pas jusqu’à présent le Balkan Express.
Nous avons discuté avec les compagnies bulgares (elles sont conseillées par Yuriy…) de leurs difficultés à jouer dans les lieux institutionnels (“Ils ont une scène à 1m50 de haut, nous jouont au sol”, c’est plus évident à comprendre avec le geste qui l’accompagne… mais cette phrase résume bien l’inadaption des théâtres aux pratiques contemporaines), des soutiens au projet sur des durées courtes (qui ne permettent pas de financer de l’administration), d’un processus de développement qui est long et épuisant… Certains pensent que le mécénat (et des lois adaptées) peut aider les acteurs culturels. Certes un peu, mais des lois en faveur du mécénat ne remplacent pas une politique culturelle (l’exemple turc est assez clair : les marques de bières ou de boissons énergisantes financent des événements de communication, et les Etats Unis sont une société spécifique : la motivation des mécènes n’est pas l’exonération fiscale).
Les compagnies me semblent avoir plusieurs atouts :
Il me semble qu’une stratégie civile plutôt que du lobbying est plus efficace : décentrer son regard sur soi pour comprendre que la valeur d’un groupe artistique dépasse la création de spectacles, se rapprocher de ses publics (pas seulement le lambda, des journalistes, avocats, sociologues, les politiques qui sont des alliés), faire valoir que les acteurs culturels de l’Ouest ont besoin de ceux de l’Est pour exister en Europe.
Je sais c’est un message très Une Âme pour l’Europe, mais après tout le Forum Istanbul est les 12-13 octobre et la Conférence de Berlin “Towards a Citizen’s Europe” le 20 novembre.
Demain, brochette de rendez-vous à Tbilissi.
Nicolas